Autonomie et autarcie dans le supérieur en France

A quoi cela sert l’université?

Si on analyse le bilan du dernier quinquennat, on peut répondre que l’université ne sert à pas grand chose.  (1) Des grandes messes en début de mandat, sortes d’immenses « réunions tupperware » destinées à calmer les ardeurs d’une partie de la communauté universitaire secouée par les changements introduits sous la présidence de Nicolas Sarkozy (2) une continuité sans grande amélioration du dispositif des investissements d’avenir et (3) une gestion budgétaire dans un contexte très contraint et qui donne l’impression ni d’encourager les établissements les mieux pilotés ni d’accompagner ceux qui sont en difficulté.

Une nouvelle ministre de plein exercice a été nommée, elle a en charge l’enseignement supérieur et la recherche. A ce stade c’est déjà une amélioration qui recentre l’enseignement supérieur et la recherche dans le champ du politique en France. Les éléments de programme parlent d’une poursuite de l’autonomie des établissements, en particulier pour le recrutement. Le sujet du recrutement n’en est probablement pas un, tant les pratiques divergent entre les sections du CNU, les établissements, les jurys, les conseils académiques. L’autonomie du recrutement existe déjà puisque elle résulte d’un équilibre entre différentes forces « académiques » toutes légitimes. Personne ne peut croire que confier le recrutement d’un enseignant-chercheur à la présidence même avec une direction des ressources humaines « dans le vent » pourrait être une amélioration.

l’autonomie qu’est ce que c’est?

dans quelle mesure un établissement public peut il être autonome? il fonctionne avec essentiellement de l’argent public qui est contrôlé par plusieurs instances, d’abord l’état via le ministère des comptes publics, la cour des comptes ou son équivalent régional et aussi le parlement qui vote le budget de l’état.

Aujourd’hui, les établissements sont « autonomes » dans un cadre budgétaire contraint, ce qui oblige la CPU et certains établissements à affronter le ministère pour cause d’inadéquation entre les dépenses et les recettes (les dépenses s’accroissent plus vite que les recettes pour des raisons d’effectif d’étudiants et d’aspects liés à la pyramide des ages des fonctionnaires). On a le sentiment que des discussions de marchand de tapis ont effacé et effacent encore toutes autres considérations comme l’innovation pédagogique, la professionnalisation des formations, le transfert de savoirs, l’enseignement pluridisciplinaire, la recherche action, etc.

Bref l’intelligence du chiffre a effacé l’intelligence du projet et de l’action. La politique des cinq dernières années pour le sup s’est réduite à des discussions de budget et d’appel à projet. Qu’en sera t-il des cinq prochaines années?

Dans les universités, les facultés (l’essentiel de l’effectif étudiant) sont tiraillées entre leurs fonctions : développement des savoirs, formation, innovation, transferts. Des déséquilibres importants menacent aujourd’hui le fonctionnement des établissements. Des déséquilibres entre les formations qui font face à un afflux d’étudiants et des formations qui en cherchent. Des déséquilibres entre les enseignants-chercheurs investis dans la professionnalisation de leurs parcours et ceux qui fonctionnent selon les principes multiséculaires de l’Universitas et scholarum et magistrorum (ces derniers gérant beaucoup mieux leur carrière que les premiers).

L’autonomie consiste alors à gérer ces déséquilibres. Par exemple, en maintenant des postes et des recrutements dans des disciplines où il y a de moins en moins d’étudiants pour conserver l’éventail des savoirs que se doit d’avoir tout établissement d’enseignement supérieur.

Où sont les projets?

On me rétorquera que les projets sont dans le PIA, mais une simple lecture des faits montre bien que les projets retenus sont le plus souvent le fruit d’un équilibre cherchant à maintenir les baronnies de mandarins en place que de vrais projets en phase avec les autres acteurs du territoire (entreprises, collectivités, ONG, etc.). C’est sûrement pour cette raison que certains ont échoué ou se sont vu retiré leur projet.

L’autonomie du supérieur en France ressemble plus à une autarcie financée par l’argent public que à une vraie autonomie.

L’autonomie c’est la responsabilité et rendre des comptes (certainement bien au-delà du cercle du conseil académique et de la présidence d’un établissement).

Mais alors à qui l’université doit-elle rendre des comptes?

 

Chercheurs du Sud : développez votre audience sur Internet

Noyés dans la masse

Depuis le début de années 90, le nombre de chercheurs (et enseignant-chercheur) à considérablement augmenté dans le monde. La production scientifique (articles, revues, livres) suit une évolution exponentielle (en 2000 la barre des 1,5 millions d’articles publiés dans le monde a été franchie et actuellement plus d’un million d’articles sont publiés chaque année).

Développer son e-réputation

Les chercheurs du Sud, moins nombreux, souvent moins outillés pour accéder aux revues les plus prestigieuses, peuvent toutefois améliorer leur visibilité sur Internet en publiant leurs profils. Ces outils leur permettent de mieux mettre en évidence leur production scientifique et augmenter leur audience et la citation de leurs travaux.

Cette petite vidéo de 17 minutes vous explique comment faire.

Gouvernance universitaire et monde francophone

Gouvernance est un mot polysémique qui signifie gérer, avoir la responsabilité de , diriger, etc.

Ce mot s’emploie aussi bien dans le monde des entreprises (diriger) que dans les institutions publiques ou les ONG (la bonne gestion du bien commun).

Dans les pays en développement on entend souvent parler de « bonne gouvernance » que l’on pourrait traduire comme diriger dans le sens du bien commun, par opposition à la mauvaise gouvernance qui pourrait signifier diriger dans le sens de l’oligarchie. Dans son dernier livre, le prix Nobel Joseph Stiglitz, fustige le pilotage de l’économie (des états-unis) des 1% (les plus riches) pour les 1% et par les 1%. Ceci illustre probablement la mauvaise gouvernance.

la gouvernance universitaire qu’est-ce que c’est?

C’est probablement l’art de diriger dans le sens du bien commun. Cet art est très difficile à exercer car il suppose d’agir dans le sens de l’accès au savoir (de plus en plus pour le plus grand nombre) dans un contexte contraignant. Dans le public, il s’agira de faire avec les ressources mises à disposition par l’état et dans le privé, il s’agira  de positionner son établissement dans un système concurrentiel.  Dans les deux cas, les compétences qui doivent être mises en œuvre sont similaires, seul le contexte change.

En France et dans le monde francophone, les établissements publics d’enseignement supérieur sont dans des stades souvent très avancés de l’autonomie. Dans quasiment aucun pays la gestion des universités se fait directement par le gouvernement. Les établissements ont gagné en autonomie et donc en responsabilité. La gouvernance universitaire peut donc s’apprécier comme bonne ou mauvaise selon les cas. Par exemple, l’absence d’organisation et de direction est un cas de mauvaise gouvernance (l’établissement est sous une forme de gestion féodale où les différentes entités se prédatent entres elles et ou la direction peine à arbitrer au fil de l’eau). L’absence de gestion transparente est également un cas de mauvaise gouvernance universitaire. Ce cas n’est pas éloigné du précédent dans le sens ou l’absence de transparence est souvent en faveur des entités les plus fortes de l’établissement. Enfin, l’absence de direction ou de stratégie de positionnement est un cas de mauvaise gouvernance universitaire, parce que l’absence de choix ou d’objectif n’engendre que des frustrations.

Dans le monde francophone, les questions de gouvernance universitaire produisent infiniment moins de publications que dans le monde anglophone. On peut même dire que l’état de l’art sur la gouvernance universitaire accessible en langue française est quasiment inexistant.

Lorsqu’on assiste à des conférences internationales sur le sujet, qu’elle soient organisées par les pays du Nord (par exemple par l’IMHE, émanation de l’OCDE) ou bien par les pays du Sud, les francophones sont quasiment absents de ces réunions et lorsqu’ils sont présent, ils sont silencieux.

Cette situation nuit gravement à l’évolution des universités des pays francophones et en particulier dans le Sud au moment où la pression démographique se heurte à des contraintes budgétaires des états qui mettent la priorité sur les infrastructures de communication pour leur développement (souvent après plusieurs décennies d’abandon).

Aujourd’hui, la question qui se pose a toutes les universités francophones des pays du Sud c’est « comment faire plus avec autant ou moins? ». Au delà des solutions technologiques plus ou moins adaptées (les MOOC par exemple), il faudrait développer des connaissances et des compétences dans le domaine de la gouvernance universitaire, c’est urgent!

Réunion des ministres francophones de l’Enseignement supérieur

Le 5 juin 2015 s’est tenue la réunion des ministres francophones de l’Enseignement supérieur pour le développement numérique de l’espace universitaire francophone.

Précédé par un dossier de presse astucieux et intéressant, cette réunion a abouti à une déclaration que vous pourrez lire ici.

Avant d’aborder le fond, examinons un peu la forme.

Cette réunion est qualifiée de première réunion, avec une ambiguïté sur le fait que ce soit la première réunion des ministres ou la première réunion pour le développement numérique de l’espace universitaire francophone.

Il ne s’agit pourtant pas d’une première conférence des ministres francophones. En effet, dans les années 80-90, plusieurs conférences des ministres de l’enseignement supérieur avaient déjà eu lieu sous l’appellation de CONFEMER (CONFErence des Ministres de l’Enseignement supérieur et de la Recherche) avant que ce format, dont on perçoit pourtant tout l’intérêt ne soit abandonné… En particulier on pourrait penser que du fait de l’imbrication croissante des systèmes universitaires, de leur mise en concurrence, mais aussi de Continuer la lecture de Réunion des ministres francophones de l’Enseignement supérieur

La démocratisation de l’enseignement supérieur

La technocratisation de l’ES est une nécessité qui s’impose à tous les humains comme Internet ou le téléphone portable c’est le sens d’un récent papier sur le site University World News.

l’auteur présente trois questions qui émerge du constat de la nécessité du développement de l’ES :

  1. How can we make higher education available to all who want to participate in it?
  2. How can higher education provide more meaningful opportunities for lifelong learning?
  3. How can higher education help prepare students to live and work in an increasingly globalised world?

Ces trois questions me paraissent essentielles et nous pouvons constater que ni le modèle des USA qui fait reporter le business model sur la dette étudiante ni le modèle français qui fait reporter le business model sur les moyens de l’état ne répondent vraiment à ces trois questions prises ensemble.

Le modèle des USA pense répondre oui à la question n°3 en faisant supporter le financement sur le futur emploi des étudiants (ce qu’il ne garanti plus trop en ce moment) et évidemment ne répond pas vraiment à la question n°1.

Le modèle français répond à la question n°1, mais ne répond pas vraiment à la question n°3.

la solution passe-t-elle par un fort développement de réponses à la question n°2?

 

Stratégie Nationale pour l’Enseignement Supérieur point de vue du Nord et du Sud

Une stratégie pour l’enseignement supérieur en France

Sophie Béjean et Bertrand Monthubert viennent de remettre un rapport « Pour une société apprenante : Propositions pour une stratégie nationale de l’enseignement supérieur ». Il est disponible sur le site de la documentation française.

Cet article veut apporter quelques commentaire du point de vue d’un universitaire ayant eu une carrière en France et du point Continuer la lecture de Stratégie Nationale pour l’Enseignement Supérieur point de vue du Nord et du Sud

un peu de prospective sur les universités et l'enseignement supérieur